Départ tôt le matin, le train part à 8h30 et il faut être en avance... À la gare on apprend qu'il est retardé d'une heure, Lindsay s'installe dedans en attendant et je sors sur le quai trouver nos amis. Je les repère, nous marchons vers le train qui commença à rouler avec plus de 45 minutes d'avance! Il a fallu courir après, lancer les bagages dedans et s'accrocher en sautant après la poignée extérieure pendant que Lindsay paniquait à l'intérieur nous visualisant sous les roues (ou du moins seule à bord...). Personnellement, j'ai trouvé ça plutôt trillant de sauter dans un train en marche à bout de quai mais bon, la prochaine fois on le saura, les trains ne sont pas à l'heure, ils sont à l'avance! Plus broche-à-foin...
Ella est un beau petit village isolé, électrifié en 1984 seulement, dans une belle vallée verdoyante avec des chutes d'eau Bounty-c'est-le-paradis à tout les deux cents mètres. Nous sommes à 2300 mètre, il n'y a pas vraiment plus haut dans le pays, c'est donc frais et confortable. Les gens ici vivent une toute autre réalité que les citadins. C'est propre, vivifiant, exempt de militaires, on ose croire à un éden oublié par la guerre et la pauvreté (malheureusement pour eux, aussi oublié par les touristes...).
Le lendemain, Medushi et son amie nous ont quittés et nous avons rejoint le camp, une petite heure de marche dans la jungle comme ils disent mais tant qu'à moi c'est de la marche en forêt très pépère... La forêt est calme, sec, peu encombrée, même les essences d'arbres ressemblent aux notres... Enfin, il y a un peu d'exotisme quand même mais pas de dépaysement total (je ne suis surtout pas en train de chialer). Nous dormons sous la tente trois nuits près d'une belle petite rivière à côté d'un genre de camp éco-touriste complètement vide dans le fond de la vallée. Nous sommes loin des combats mais on voit bien les effets de la guerre sur l'économie locale, quelle désolation...Après trois jours dans le bois à se baigner tout nus dans le ruisseau et à manger des ananas, nous prenons la route vers le parc national Uda-Walawe. Cinq heures de voiture dans l'arrière-pays à travers les jolis villages (et les moins jolis), nous arrivons à notre hôtel-bungalow-brousse, très confo, et nous sommes encore les seuls clients! Par après, nous avons fait une petite visite rapide au centre local de réinsertion des éléphants orphelins élevés en captivité qui seront relâchés bientôt dans le parc national. Le soir, nous nous sommes promené dans le village où étaient exposées des lampes en papier magnifiques qui symbolisent la Vesak (semaine Sainte). Le lendemain matin à 6h, nous étions dans une boîte de Landrover avec un guide et un chauffeur qui nous promena sur les pistes du parc pendant 3 heures à la découverte de la faune (disons surtout des éléphants...). Un gros 24$ bien investi!
Pour des raisons que je ne comprends pas, on vante le parc comme étant: Ce qui ressemble le plus au Kenya hors Kenya! C'est vrai que j'avais l'impression d'être dans la savane africaine, plaine parsemée de grands feuillus, immense réservoir d'eau et montagnes à l'horizon, mais il y a beaucoup moins de variété d'animaux (j'imagine en tout cas). Il y a du volatile coloré en tout cas et des centaines de paons qui courent dans les chemins.
Les éléphants sauvages n'ont pas sauvage que de nom! Une mère protégeant ses petits est venue nous défier de sa trompe menacante en barrissant pour nous apeurer. Elle avait la tête carrément dans la boîte du truck. Et le guide riait en la chassant en donnant des coups avec sa calotte... Plein d'éléphants encore donc, ils seront bientôt dans la section photo...
Retour ensuite pour un 6 heures de voiture jusqu'à la maison où notre voisin d'haut-dessus (un ami) donnait le plus gros party privé que j'ai jamais vu dans son immense appartement de deux étages. Une centaine de personnes présentes, un genre d'open house de film d'ado américain mais bien organisé... Et sûrement une trentaine de nationalités représentés... J'y ai rencontré Haig, un ontarien qui était au même Lollapalozza que moi en 93 à Toronto! Il y avait surtout des asiatiques et des européens, plein de ben bon monde... (et un sri-lankais hilarant qui ressemble à Louis Quimper pour ceux qui le connaissent)
Le même jour paraissait dans la Presse:
Le samedi 05 mai 2007
Le Sri Lanka bascule à nouveau dans la guerre civile
Associated Press
Kilinochchi
Cinq ans après un cessez-le-feu qui avait mis fin à deux décennies d'affrontements, le Sri Lanka a replongé de plus belle dans la guerre civile. Et, désormais, le conflit semble avoir changé d'échelle: face aux attentats-suicide et attaques parfois spectaculaires des rebelles tamouls, le gouvernement a fait le choix de la guerre totale, avec bombardements aériens et recours à la Marine.
Alors que les combats font rage principalement dans le nord-est de cette île située au large de la pointe sud-est de l'Inde, un journaliste de l'Associated Press a été autorisé à traverser les lignes de front pour se rendre en territoire rebelle, premier déplacement du genre d'un reporter étranger depuis la reprise des affrontements en août dernier.
Dans la ville de Kilinochchi, «capitale» des rebelles en pleine jungle, les avions de combat de l'armée régulière opèrent des survols nuit et jour alors que retentissent au loin le bruit sourd des incessants tirs d'artillerie.
Dans ce bastion des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), le cessez-le-feu de 2002 n'est plus qu'un lointain souvenir. Ce jour-là, deux appareils de l'aviation gouvernementale lâchent des fusées éclairantes pour illuminer une position dans la jungle, utilisée par les rebelles pour leurs tirs de mortier. Immédiatement, paysans et insurgés se précipitent dans des abris de fortune avant que les jets ne bombardent la position et anéantissent les nids de mortiers rebelles.
Samedi, c'est la Marine sri-lankaise qui pilonnait une flottille d'une trentaine de bateaux rebelles au large de la côtes orientale de l'île, donnant lieu à une véritable bataille navale au cours de laquelle deux des plus gros navires des Tigres ont été coulés et 12 insurgés tués, selon les autorités. Les LTTE avancent un bilan de seulement trois morts dans leurs rangs.
Les signes d'une reprise à grande échelle de la guerre entre le gouvernement -dominé par la majorité cinghalaise de confession bouddhiste- et les Tigres -mouvement séparatiste représentant la minorité tamoule hindouiste- sont omniprésents: d'un côté des soldats patrouillant en tenue de combat dans Colombo, une capitale de plus en plus fortifiée; de l'autre des bunkers et des tranchées parcourant tout le territoire rebelle dans le nord-est de l'île.
Officiellement, les deux camps affirment continuer à respecter la trêve. Dans les faits, le cessez-le-feu a volé en éclats. À la fin 2005, fusillades et attentats ont repris de façon sporadique, principalement du fait des rebelles qui cherchaient ainsi à obtenir des concessions du gouvernement à la table des négociations. Jusqu'à la spectaculaire attaque contre un bus qui a fait 64 morts en juin 2006.
Mais, cette stratégie des LTTE ne s'est pas avérée payante. Deux mois plus tard, en août 2006, le président sri-lankais Mahinda Rajapakse, soutenu au départ par la fraction la plus dure des Cinghalais, optait pour la guerre totale.
Aujourd'hui, les forces sri-lankaises n'hésitent plus à s'enfoncer en territoire rebelle, alors que le gouvernement affiche à présent ouvertement l'objectif d'écraser militairement son ennemi. «Nous voulons les détruire, les bases tamoules, toutes ces choses», a déclaré le ministre de la Défense Gotabhaya Rajapakse dans un entretien à l'Associated Press. Gotabhaya Rajapakse, frère du chef de l'État, a échappé en décembre à un attentat-suicide des Tigres contre son convoi.
L'objectif gouvernemental ne sera pas si aisé à atteindre. Les Tigres tamouls auraient plus de 10 000 hommes et femmes enrôlés dans leurs rangs, une armée rebelle à l'allure de secte dans laquelle les combattants n'ont pas le droit de se marier avant 25 ans et doivent toujours avoir sur eux des capsules de cyanure pour se donner la mort s'ils sont capturés.
Dans les batailles conventionnelles et les opérations de guérilla, les Tigres sont réputés supérieurs aux 66 000 soldats de l'armée régulière. En mars dernier, ils ont mené une opération spectaculaire en effectuant leur premier raid aérien, le bombardement d'une base de l'armée de l'air près de l'aéroport international de la capitale, Colombo, au cours duquel trois militaires ont été tués.
Il est difficile de saisir l'ampleur de ce qui se passe au pays. Les gens sont habitués, On laisse faire un peu comme s'il s'agissait de la météo, "ça va être correct demain", qui se souci de "l'ordinaire"? On se sent très loin de tout ça, les préoccupations sont autres. C'est pas la guerre le problème, c'est les problèmes de circulation, le manque de touristes ou d'investisseurs, la pauvreté etc. Pourtant ce sont toutes des conséquences directes du conflit.
Cet article est alarmiste un brin, on parle de trève plus que d'autre chose ces temps-ci. Tous le monde commence à être tanné, ils vont sûrement prendre un break de quelques mois... Le Sri Lanka ne bascule pas de nouveau dans la guerre civile parce que les civils ne sont pas intéressé à ce que ça arrive. Les zones dangereuses le sont plus que jamais, les autres territoires n'ont pas changés... 10 000 rebelles ne peuvent pas prendre tout le pays!
Su-bhah u-dhaa-sah-nahk! (bon matin!)
*J'ai passé deux jours avec cette personne et j'ai déjà oublié son nom, je suis le genre de prof qui connait le nom de tous ses élèves seulement à la fin du mois d'octobre...
**Dans chacun des 40 tunnels traversés, tout ce qui a moins de 20 ans et quelques adultes, se sortent le corps par la fenêtre et crient comme s'ils se faisaient arracher les dents avec un pied-de-biche afin de faire un bel effet d'écho... Sortis du tunnel, tous rigolent bêtement comme s'ils venaient de péter dans un ascenseur. Et ça recommence au tunnel suivant, on ne se tanne pas... sauf les 4 chialeux qui veulent dormir... (d'ailleurs, comment font-ils, ce train fait plus de bruit qu'un blender plein de clous attaché après ta tête...)
6 commentaires:
c'est beau!
Sympa, ouais j'avais lu cette article, c'était pas rassurant
http://fr.wwitv.com/ Je sais pas si tu connais le site. Tu peux regarder un paquet de poste dans le monde sur Internet, j'ai écouté le poker en Allemand l'autre jour.
Courir derrière un train en marche et s'accrocher à la portière me semble aussi palpitant que de déclarer à un chauffeur de taxi:"Suivez cette voiture!" J'en rêve...
Ça me fait un peu penser à Belfast quand j'étais là. C'est souvent mes amis du Canada qui m'informaient qu'une bombe avait explosé en ville. Nous autres, on avait pas conscience de ce qui se passait. (On était généralement trop saouls de toute façon pour avoir conscience de quoi que ce soit...)
Au palmares des destinations les plus dangereuses en 2007 (selon le magazine Forbes), le Sri Lanka arrive en 10e place, après Haïti et avant le Tchad. Le «plusse» dangereux pays au monde serait La République Démocratique du Congo.
(Question posée au Cercle, il y a une dizaine de jours)
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